Nouveau type d’aménagement forestier en Gaspésie
| Gilles Gagné, collaboration spéciale Le Soleil |
Le ministère des Ressources naturelles du Québec implante cette année un nouveau type d’aménagement forestier, une «coupe à rétention variable», caractérisée par des îlots d’arbres demeurant sur pied dans le but de protéger la biodiversité des écosystèmes.
Chaque îlot a une superficie d’environ 150 mètres carrés et présente une forme ovale. La technique a été développée il y a une trentaine d’années en Colombie-Britannique, en Oregon et dans l’État de Washington, dans un souci environnemental de protéger les grandes forêts de sapin Douglas.
En Gaspésie, de 3 % à 5 % des parterres exploités sont soumis à une coupe à rétention variable, ou «de bouquets». Dans ces zones, une proportion de 5 % est gardée sur pied, avec pour résultat que ces bouquets couvrent au plus un quart de 1 % de la superficie totale aménagée par une compagnie.
«L’objectif, c’est de s’inspirer de l’effet que les perturbations naturelles, comme les épidémies ou les incendies, ont sur la forêt. Ces perturbations laissent des arbres. Ces arbres vont tomber parfois mais même morts, ils continuent à jouer un rôle de milieu de vie, pour les espèces à faible capacité de dispersion comme les araignées, les lichens. La trame de fond, c’est de maintenir la biodiversité en s’inspirant des perturbations naturelles», note Mathieu Côté, directeur du Consortium en foresterie Gaspésie?les-Îles, un organisme de recherche et de diffusion de connaissances.
C’est le ministère des Ressources naturelles qui détermine les lignes directrices des zones de coupe à rétention variable. Le choix porte sur des espèces d’arbres, d’autres végétaux, ou des animaux.
Mathieu Côté a remarqué qu’en juin, il y avait de l’appréhension de la part des compagnies forestières intégrant ce nouvel aménagement mais que la pratique a débouché sur une ouverture.
«L’industrie vit un contexte de crise. Tout travail supplémentaire engendre des coûts (..) On va mesurer s’il y a des pertes de volume (découlant de la technique)», précise M. Côté.
L’ingénieur forestier Luc Gagnon, du Groupe GDS, estime que l’implantation de coupe à rétention de bouquet pourrait avoir un impact de 1 à 2 % sur le coût de récolte dans les zones désignées.
«Ça va prendre une année avant d’évaluer le coût précis.» Il ajoute que ce type d’aménagement s’a-joute à d’autres contraintes, dont la protection de 15 % des petites tiges marchandes et une tranche de 3 % des superficies soumises aux pratiques sylvicoles adaptées, qui prennent davantage la forme de bandes de protection.
Luc Gagnon estime aussi qu’il est encore trop tôt pour savoir si la coupe à rétention variable aura un effet négatif sur le volume récolté et il rappelle que la protection des petites tiges marchandes ne soustrait pas ces 15 % à la coupe, mais qu’elle la décale de quelques années.