Les chômeurs entrent dans la campagne

Visibles depuis le début de la semaine, des centaines d’affiches de la Coalition les Sans-chemise sont venues s’ajouter à celles des différents candidats des partis politiques. Cette démarche a pour but de faire de la caisse d’assurance-emploi un enjeu de cette campagne électorale fédérale.

Daniel Tessier, président de la CSN Lanaudière, explique qu’il y a plusieurs décennies, le Canada s’est donné le régime d’assurance-chômage pour protéger les travailleurs contre les aléas économiques. Les travailleurs cotisent donc à ce régime, de même que les employeurs. Le gouvernement l’administre, mais n’y participe pas financièrement. « Le gouvernement est un administrateur et a détourné le régime de sa mission première. C’est un vol. Les libéraux ont commencé et les conservateurs ont poursuivi. Ils ont détourné 57 milliards à d’autres fins », s’insurge M. Tessier.

Composée de centrales syndicales, dont la FTQ, la CSN, la CSQ et de différents organismes communautaires, cette coalition s’insurge du fait que de nombreux chômeurs ont vu leur droit aux prestations s’amoindrir comme peau de chagrin. « Le nombre d’heures pour être admissible a augmenté. Il y a dix ans, les chômeurs recevaient 60 % de leur salaire. Aujourd’hui, c’est 50 %. Dans la région, le chômage est passé de 6 % à 8 %, ces mesures ont donc un impact. » Les employés de Louisiana Pacific à Saint-Michel-des-Saints sont, pour M. Tessier, la preuve que le régime ne protège plus correctement les travailleurs. « Les employés étaient sur la liste de paie de l’employeur. Pendant 19 semaines, ils ont suivi une formation dans le domaine de la foresterie, et ce, à même les locaux de l’usine. Nous avons dû nous battre pour que ces gens aient droit à l’assurance-emploi, car la première décision avait été négative. On parle d’au moins une centaine de travailleurs. »

C’est n’est pas la première fois que la Coalition fait une campagne dans la campagne et cela risque de se poursuivre jusqu’à ce que les Sans-chemise obtiennent une réforme de l’assurance-emploi ou gain de cause à la cour suprême. « Nous poursuivons le gouvernement fédéral devant la cour suprême sur cette question. » Le site Internet de cette coalition rappelle d’ailleurs la mort, malgré l’appui majoritaire de tous les partis de l’opposition, du projet de loi C-269, qui devait améliorer l’accessibilité au régime. « Le gouvernement Harper, minoritaire, a bloqué sa possible adoption en y apposant droit de veto. »

Une démarche tout à fait légale

Le porte-parole du directeur général des élections à Montréal, Gilles Paquin, confirme que la démarche de la coalition est tout à fait légale et respecte la législation dans un contexte de campagne électorale. « Les organismes doivent s’inscrire à titre de tiers parti s’ils dépensent plus de 500 $. S’ils ne le font pas, ils sont assujettis à des poursuites. Ils doivent soumettre un rapport au directeur au même titre que les partis. »

Évidemment, ces tiers ne peuvent pas faire campagne pour un parti ou un candidat en particulier, car cela serait alors considéré comme de la publicité. Toutefois, ils peuvent suggérer fortement de ne pas voter pour un candidat ou un parti. « Les Sans-chemise font campagne contre le gouvernement conservateur en raison de la caisse d’assurance-emploi et ils ont le droit. » Actuellement, cinq cas semblables à la Coalition sont inscrits sur la liste d’Élections Canada. Tout au cours de la campagne, d’autres pourraient s’ajouter.

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