Sylvie Gauthier : le feu sacré de la forêt
La naissance de Sylvie Gauthier dans la ville Les Cèdres, à l’ouest de Montréal, était sûrement un signe du destin. Pour une chercheuse qui consacre sa vie à l’étude des forêts boréales, l’endroit constituait un terreau fertile!
Sylvie Gauthier travaille au Centre de foresterie des Laurentides, situé sur le campus de l’Université Laval, à Québec. Pourtant, c’est aussi les deux pieds en plein bois d’Abitibi et de la Côte-Nord qu’elle gagne son pain et fait avancer les connaissances sur les forêts nordiques de la province.
Sylvie Gauthier a eu la piqûre de la recherche en écoutant l’émission Atome et galaxies, qui passait à Radio-Canada quand elle était jeune. «J’étais intéressée par cette idée d’essayer de mieux comprendre», raconte la détentrice d’un doctorat en écologie forestière de l’Université de Montréal. «En plus, travailler en nature, dehors, pouvoir s’arrêter et regarder les oiseaux passer, ça me donne presque l’impression de ne pas travailler!»
Pourtant, Sylvie Gauthier n’a pas le temps d’avoir la tête dans les nuages, entre le travail sur le terrain, l’analyse des données, la rédaction de textes et l’enseignement. «C’est important de traduire les connaissances qu’on a pour toutes sortes de publics», pense-t-elle.
Le feu, origine de la forêt
Sylvie Gauthier et son équipe tentent de percer les secrets de la dynamique des incendies de forêt, car ces incidents périodiques ont des côtés positifs. «Le feu est un agent nettoyant qui rajeunit la forêt, explique la chercheuse. Il faut mitiger l’effet négatif du feu en étant capable d’aller récupérer le bois mort, tout en s’assurant de ne pas le faire au détriment de la régénération naturelle. En plus, ça réduit les coûts de remise en production.»
Les entreprises pensent imiter la nature en remplaçant le feu par la coupe du bois, mais elles se trompent, selon Sylvie Gauthier. Elle explique que les longs cycles de feux dans la forêt boréale engendrent une complexité qu’il faut préserver dans la composition des forêts. «En maintenant la structure de la forêt, on maintient aussi la diversité d’organismes et on permet au système d’être résistant face à des variations imprévues, comme des épidémies ou des gels plus tardifs.»
De l’avis de Sylvie Gauthier, des principes proches de la nature, comme la coupe partielle, sont compatibles avec la productivité de nos entreprises forestières. «On est rendu à implanter cette approche-là», affirme-t-elle. Il y a quelques semaines, elle a participé à une rencontre sur l’aménagement durable des forêts, à laquelle ont assisté de nombreux industriels. «Il y a 10 ans, une rencontre comme celle-là aurait été impossible», souligne la chercheuse.
Recherche Benoit Brosseau