Archive pour la catégorie 'MRN'

Nouvelle loi de la jungle pour la forêt québécoise

Vendredi 8 août 2008

Pierre Dubois, ing.f.
Membre de la Commission forêt de Nature Québec

Le document d’intention en politique forestière rendu public en juin est une proposition néolibérale en gestion forestière qui conjugue affaiblissement de l’État à une idéologie du libre marché. Malgré la mainmise d’une poignée de grandes entreprises sur notre économie forestière, le gouvernement essaie de nous faire croire aux vertus d’un marché libre des bois au Québec. Sous le couvert d’une régionalisation, l’État songe à se retirer de la gestion forestière. Marché libre et retrait de l’État : rien de très bon augure pour la société québécoise, encore moins pour la protection de l’environnement.

Régionalisation ou retrait de l’État ?

La gestion forestière sera déléguée à des organismes régionaux, des sociétés d’aménagement, à mettre en place. Si on met fin aux Contrats d’aménagement et d’approvisionnement forestiers (CAAF), ce n’est pas pour que l’État reprenne en main la gestion forestière. C’est plutôt pour en transférer la responsabilité à des organismes régionaux. Et dans les faits, le ministre responsable de la gestion forestière demeurera imputable que de très peu de choses.

Même avec la volonté de vouloir rapprocher les lieux de décisions en gestion forestière des gens et des territoires concernés, c’est un recul démocratique. Les nouvelles sociétés régionales seront uniquement redevables devant leur conseil d’administration. Malgré les promesses de concertation et de gestion intégrée, la démocratie en gestion forestière ne pèse pas lourd. Ce gouvernement a d’ailleurs bâclé ses propres consultations sur le Livre vert de février qui présentait sa politique.

Pour que la gestion régionalisée prenne son envol, il faudra aussi que les budgets de ces nouveaux organismes soient à la mesure de l’ampleur du mandat. Dans le cas contraire, la gestion forestière pourrait devenir un autre cas de pelletage de responsabilités sans moyens financiers correspondants. La forêt québécoise est une ressource publique et la population québécoise accepterait difficilement que l’État abdique ses responsabilités. Autre question : l’État du Québec, avec un certain ordre de moyens, n’arrivait pas toujours à bien résister aux puissants lobbies des compagnies forestières. Quelle résistance offriront les nouvelles sociétés d’aménagement ?

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Mais avec la création d’un marché libre des bois, on peut se demander s’il y a vraiment un pilote dans l’avion ? C’est là que l’idéologie néolibérale a conduit à perdre la réalité de vue. Le gouvernement mettrait fin aux CAAF en les remplaçant en grande partie par un droit de premier preneur accordé aux industriels déjà en place et, plus partiellement, par une vente aux enchères du bois. C’est pour cette raison qu’on parle de la mise en place d’un marché libre des bois.

Pour qui s’intéresse un tant soit peu au problème de la forêt privée, il est évident que le marché québécois du bois est un marché d’acheteurs. Et ces acheteurs sont de moins en moins nombreux. Comment ne pas apprécier l’impact des joueurs tel Abitibi-Bowater, Kruger ou Domtar-Weyerhauser ? Des régions entières du Québec sont soumises à leur emprise sur le marché du bois. C’est l’essence même de notre économie forestière, actuelle ou historique. La seule explication de cette orientation gouvernementale de libre marché tient probablement à la volonté non exprimée de jeter une certaine poudre aux yeux aux clients américains de la production forestière québécoise et de se prémunir contre le protectionnisme.

Pour tenter de rééquilibrer les forces sur le marché du bois (sans jamais y réussir), le régime forestier actuel a tenté d’accorder une certaine priorité au bois provenant de la forêt privée (qui fournit bon an mal an environ 20 % du volume aux industries). Mais il est bien difficile de croire à la volonté politique de se dresser contre ces forces du marché, surtout lorsque, du même souffle, on insiste sur la nécessité de maintenir au plus bas le coût du bois.

L’instauration d’un libre marché vise aussi, selon les termes utilisés, à produire un juste prix du bois. Est-ce qu’on retiendra la seule dimension économique ? Si la problématique autochtone est à peine effleurée dans la proposition gouvernementale, l’épineuse question des conditions de travail en sylviculture et en forêt n’est même pas abordée. L’emploi en forêt et en sylviculture, malgré quelques règles minimales, se trouve justement dans une lamentable position à cause du marché libre de l’emploi en forêt.

De plus, est-ce que ce juste prix du bois tiendra compte de la nécessaire protection de forêts témoins pour les générations futures et de retombées dignes de ce nom pour les communautés autochtones et québécoises les plus concernées ?

On nous parle évidemment de foresterie écosystémique, de gestion intégrée et on aborde la question de la certification environnementale. Mais ces éléments sont loin d’être développés avec la même force que la régionalisation et le libre marché.

Libre marché et retrait de l’État : deux éléments lourds de sens en environnement. Deux éléments qui pourraient frapper fort sur l’avenir d’une des plus grandes ressources naturelles du Québec. Deux éléments qui pourraient donner le signal de départ, non pas à une nouvelle législation forestière qui se tient debout, mais bien à une nouvelle loi…de la jungle pour la forêt québécoise !

Accès bloqué aux bureaux du ministère des Ressources naturelles et de la Faune - Les travailleurs sylvicoles manifestent leur mécontentement à Caplan

Vendredi 8 août 2008

CAPLAN, QC, le 1er août /CNW Telbec/ - Une nouvelle fois, les

travailleurs sylvicoles représentés par le Syndicat national de la

sylviculture (SNS-CSN) vont bloquer l’accès au bureau régional du ministère

des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) à Caplan et ce, pour toute la

journée, vendredi le 1er août.

Cette manifestation est directement liée à la décision du ministèere de

ne pas augmenter le taux horaire des travailleurs sylvicoles qui doivent

effectuer les travaux d’aménagement forestiers prévus par la société d’Etat

Rexforêt.

En Gaspésie, depuis le début de l’an 2000, Rexforêt sous-traite ces

travaux à des entreprises et des groupements. Cela crée des emplois

saisonniers et permet aussi aux travailleurs sylvicoles qui n’ont plus la

capacité d’effectuer ce travail à forfait de poursuivre leur carrière ; en

effet le travail à forfait ne convient pas à des travailleurs âgés ou diminués

physiquement.

Depuis trois ans, le SNS-CSN, conjointement avec les employeurs en

sylviculture de la Gaspésie, demande à Rexforêt, au MRNF, au ministre Claude

Béchard ainsi qu’à la députée et vice-première ministre madame Nathalie

Normandeau, de porter une attention particulière à ces travailleurs qui

doivent effectuer le débroussaillage au taux horaire de 10,15 $ depuis

l’an 2000.

En effet, aucune augmentation du taux horaire n’a été accordée à ces

travailleurs, et ce, même si le ministère accorde une augmentation du coût de

la vie aux travailleurs à forfait en bonifiant annuellement la grille de taux.

Les seules et uniques réponses que nous avons obtenues, à chaque année,

sont un accusé de réception. Rien n’a été fait pour régulariser la situation.

Pourtant, ces travailleurs doivent eux aussi absorber la hausse des coûts

reliés à leur travail.

C’est impensable que ces travailleurs soient oubliés, eux qui pour la

plupart ont donné des décennies de travail à se ruiner la santé pour aménager

la forêt. Il est temps que le ministère et nos représentants politiques

pensent à rehausser les taux accordés et à valoriser ce travail.

Les travailleurs manifesteront toute la journée devant les bureaux du

MRNF. D’autres actions sont aussi prévues si aucun déblocage dans ce dossier

ne pointe à l’horizon.

Le SNS-CSN compte plus de 850 membres dans 18 sections à travers le

Québec. Il est affilié à la Fédération des travailleurs et des travailleuses

du papier et de la forêt (FTPF-CSN) qui compte 13 000 membres répartis dans

185 syndicats.

Renseignements: Bernard Forest, président du Syndicat national de la

sylviculture (SNS-CSN), 1-866-795-8785 (sans frais)

Réforme forestière - Mort à petit feu du MRNF

Lundi 7 juillet 2008

QUEBEC, le 2 juill. /CNW Telbec/ - Selon le document de travail

L’occupation du territoire forestier québécois et la constitution des sociétés

d’aménagement des forêts, le gouvernement de Jean Charest s’apprête à créer

une quatrième structure en région pour s’occuper de la forêt. Du même coup, il

déleste le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MNRF) de sa

mission et de ses responsabilités au profit d’un groupe restreint d’acteurs en

région.

“Dans les faits, cette réforme forestière représente la mort à petit feu

du Ministère, soutient Lucie Martineau, présidente du Syndicat de la fonction

publique du Québec (SFPQ). Les nouvelles sociétés d’aménagement des forêts

prendront en charge tout ce qui est présentement fait par les experts du MNRF,

de la planification des orientations tactiques jusqu’aux inspections et

enquêtes.”

Dans son mémoire sur le livre vert, le SFPQ prône une décentralisation du

secteur forêt du ministère et l’intensification de la présence d’experts sur

le terrain, et ce, afin de sortir de la crise à court terme et développer des

activités économiques à valeur ajoutée pour le futur. “Pour ce faire, le

secteur forestier doit pouvoir compter sur l’expertise actuellement présente

au ministère et non pas perdre son temps à implanter une structure totalement

nouvelle”, souligne Lucie Martineau.

Conseil d’administration fragile

Selon le document de travail, un conseil d’administration nommé par le

gouvernement dirigera la nouvelle entité. Seul un représentant des nations

autochtones, de l’industrie forestière, de la Table régionale de la faune et

quatre représentants du milieu régional seront obligatoires sur cette instance

qui jouira de tous les pouvoirs. Les six autres postes seront laissés à la

discrétion du gouvernement. Aucun siège ne sera réservé pour les usagers de la

forêt public (villégiatures, VTT, motoneiges, plein air, etc.), les groupes

environnementaux - pourtant chaque région a déjà un conseil en environnement

financé en partie par les deniers publics - et les représentants de l’Etat.

“Il s’agit encore d’une occasion en or pour les décideurs politiques de

nommer leurs amis à des postes de décisions stratégiques, déplore Lucie

Martineau. Surtout quand on sait que ces “administrateurs” pourraient être

rétribués. Les batailles en région seront rudes pour obtenir un de ces six

sièges.”

Désengagement de l’Etat

Selon le SFPQ, il est clair que le MRNF démantèle son secteur de la

forêt. Sachant que le fonds forestier est déficitaire depuis deux ans, on peut

se questionner sur ce cadeau que le gouvernement s’apprête à faire aux

régions. Présentement, le secteur forêt du Ministère emploie environ

1 900 employés à temps complet, ce qui représente 41 % de son effectif total.

De ce nombre, 880 occupent des postes de technicien forestier, d’aménagiste et

de technicien de la faune. Par ailleurs, le MRNF compte 172 ingénieurs

forestiers et 185 scientifiques et près de 200 autres employés affectés aux

divers travaux de recherche et de développement.

Non seulement le document de travail du MRNF ne sert pas les intérêts des

Québécois et des québécoises, propriétaires de la forêt publique au Québec, il

fait fi des recommandations des quelque 450 acteurs qui se sont exprimés lors

des consultations sur le livre vert. Par ailleurs, cet automne, seuls quelques

chanceux seront invités en commission parlementaire.

Renseignements: Nathalie Labonté, Responsable des relations avec les

médias, (418) 623-2424 poste 284, Cell.: (418) 564-9964

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