L’industrie forestière fait retirer une publicité d’Hydro
Mardi 7 octobre 2008À saveur environnementale, cette publicité cherche à convaincre les clients d’Hydro-Québec d’abandonner les factures papier pour adopter la facturation par Internet, et ce, dans le but de préserver la forêt.
D’une durée de 30 secondes, la publicité, réalisée par la firme Lg2, montre un homme qui déchire des factures, assis à sa table devant sa fenêtre. Par la fenêtre qui donne sur une rivière, qui ressemble à la rivière Richelieu, on voit un arbre — un bouleau — tomber lentement. Une voix hors champ conclut: «Contribuez à sauver des arbres. Adhérez à la facture Internet d’Hydro-Québec sur notre site dès maintenant.»
Le 23 septembre dernier, le sous-ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Normand Bergeron, a communiqué avec Hydro-Québec pour lui mentionner que cette publicité indisposait la ministre Julie Boulet et des parlementaires. M. Bergeron n’a jamais visionné la publicité en cause. Le jour même, Hydro-Québec retirait sa publicité.
Ce jour-là siégeait la Commission de l’économie et du travail, qui tenait des consultations particulières sur l’occupation du territoire forestier. «Lors de cette commission parlementaire, les trois partis ont indiqué que l’image qu’on donnait dans cette publicité, que c’était un péché d’abattre un arbre, ce n’était pas très sain», a livré hier, au Devoir, le sous-ministre Normand Bergeron. «Ce n’était pas un bon message dans le cadre du nouveau régime forestier.» M. Bergeron accompagnait la ministre lors de cette commission.
C’est un représentant de l’industrie forestière, Dany Senay, de Billots Sélect Mégantic, un spécialiste de l’aménagement forestier, qui a attaché le grelot. «On a été mobilisés autour de la publicité d’Hydro-Québec, qui montrait qu’abattre un arbre, c’est criminel», a dit M. Senay devant les parlementaires.
Le préfet de la MRC du Granit, Maurice Bernier, qui était aux côtés de M. Senay, a renchéri: «Dans notre milieu, chez nous, couper un arbre, c’est presque vu comme un crime, alors que notre devise c’est: “Ce n’est pas les arbres que l’on veut protéger, c’est la forêt”, a déploré M. Bernier. Les jeunes qui sont à l’école aujourd’hui, […] et qui se font rebattre les oreilles à la journée longue avec le fait qu’il faut cesser de couper des arbres, bien, ils ne sont pas très intéressés à aller suivre un cours en foresterie.»
«La ministre acquiesçait à ces propos», a signalé hier le sous-ministre. Deux autres parlementaires présents, l’adéquiste Claude Roy, de Montmagny-L’Islet, et le péquiste Marjolain Dufour, de René-Lévesque, ont aussi critiqué la publicité d’Hydro-Québec.
L’industrie forestière avait déjà dénoncé cette publicité. Le 16 septembre dernier, Hydro-Québec a reçu une lettre d’une compagnie forestière qui se plaignait du message publicitaire.
Le 24 septembre, Guy Chevrette, président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, envoyait, de son côté, une lettre au sous-ministre. Il se plaignait non seulement de la publicité télévisuelle d’Hydro-Québec, mais aussi de la mention imprimée sur les enveloppes de la société d’État: «Adhérez à la facture Internet et sauvez des arbres.» Dans sa lettre, M. Chevrette écrit: «Je ne crois pas qu’il soit de bonne guerre de s’attaquer ainsi à la légitimité du système de gestion des forêts du Québec qui relève de votre ministère.»
«On dirait qu’ils [Hydro-Québec] ont fait exprès pour caler davantage l’industrie», a affirmé au Devoir Guy Chevrette.
Chez Hydro-Québec, on s’est montré surpris de cette polémique. «La publicité a été retirée parce qu’il a été porté à notre intention qu’elle pouvait être mal interprétée, que ça pouvait être interprété comme condamnant l’abattage d’arbres alors que ce n’était pas notre intention», a indiqué hier la porte-parole d’Hydro-Québec, Marie Archambault. La diffusion de cette publicité grand public avait débuté le 1er septembre et devait prendre fin à la fin du mois, a-t-elle précisé. Hydro-Québec a remplacé cette publicité par des messages sur les économies d’énergie. Aucune partie des 475 000 $ qu’a coûté le placement de cette annonce n’a été perdue, a assuré la porte-parole.
Pour sa part, le député Claude Roy a rappelé hier que l’industrie forestière et Hydro-Québec relèvent du même ministère, celui des Ressources naturelles et de la Faune. «C’est la grande incohérence dans ça, estime le député adéquiste. D’un côté, on va chercher la ressource en eau pour en faire de l’électricité et de l’autre côté, Hydro-Québec se permet de détruire l’industrie forestière qui, à l’heure actuelle, est en crise.»

