La forêt Montmorency, un modèle pour une nouvelle foresterie
Lundi 3 décembre 2007Comment une forêt expérimentale permet-elle d’orienter vers le développement durable? Le cas du parc faunique des Laurentides, futur projet pilote en gestion intégrée, présente les défis qu’aura à relever cette nouvelle foresterie.
Au Québec, la gestion des forêts soulève de grands débats et ce, encore plus, depuis l’erreur boréale et le rapport Coulombe. Comment arriver à exploiter nos forêts tout en maintenant l’intégrité écologique? La foresterie durable est-elle possible? Ces questions, on se les pose depuis longtemps, et c’est ce qui a, entre autres, permis la création de la forêt Montmorency en 1964. Son mandat étant d’élaborer un modèle d’aménagement durable et de favoriser l’éducation.
«La forêt Montmorency, c’est un modèle d’aménagement forestier pour inspirer les autres», rapporte Hugues Sansregret, directeur de la forêt Montmorency. Ce territoire, administré par le département de foresterie à l’UL, c’est donc une forêt expérimentale pour la sapinière à bouleaux blancs de l’Est. Depuis «les recommandations du rapport Coulombe, les choses évoluent plus vite. Un comité de mise en place de la gestion éco-systémique a même été créé pour la réserve faunique des Laurentides», poursuit-t-il. Le but étant de répliquer le modèle de la forêt Montmorency à l’ensemble du parc des Laurentides.
L’aménagement écosystémique a comme objectif de satisfaire un ensemble de valeurs et de besoins humains en s’appuyant sur les fonctions de l’écosystème et en maintenant son intégrité. Plusieurs simplifient cette expression à «s’inspirer de la nature». Couper, oui, mais à condition de limiter les ravages à ce qu’un feu ou un insecte peut faire, par exemple.
Le modèle: la forêt primitive?
En quoi la forêt Montmorency représente-t-elle un modèle pour l’aménagement éco-systémique? «On s’inspire de ce qui se passe naturellement dans la forêt», explique le directeur. L’exploitation forestière se rapproche d’une dynamique de forêt primitive. «On avait des images aériennes de la forêt avant qu’elle subisse les coupes massives au environ de 1930. En regardant ces photos, ce qui se démarquait, c’est la ressemblance à une mosaïque», ajoute-t-il. Par exemple, une épidémie de tordeuse d’épinette tuait une partie de la forêt, mais certains îlots étaient épargnés. De plus, des épisodes de grands vents ou de feu agissent de la même manière. Naturellement, ces perturbations entraînent divers peuplements d’âges différents et de composition différentes. Le modèle de la forêt Montmorency se base sur cette image : une forêt en mosaïque. On effectue ainsi des coupes trouées et dispersées avec une protection des zones de régénération.
Selon M. Sansregret, «le concept de modèle éco-systémique, ce n’est pas nouveau, mais, depuis les dernières années, il y a une fenêtre politique qui s’ouvre à ce type d’aménagement. Un des gros projets pilotes est relié à la Réserve Faunique des Laurentides». La forêt Montmorency a donc été ciblée comme modèle à cause de ses
résultats prometteurs.
Cependant, l’application de ce schéma d’aménagement n’est pas si simple. «Présentement, les normes c’est bien, mais on ne peut pas toujours les appliquer pareillement dans tous les territoires. Il ne faut pas oublier que la forêt Montmorency, c’est une zone, où il n’y a pas de chasse ni de trappe», précise-t-il. Si on veut évaluer l’impact d’un modèle d’aménagement forestier sur l’écosystème en comparaison avec un autre, c’est le territoire parfait. Cependant, ce n’est pas représentatif de l’ensemble du parc des Laurentides considérant les activités de chasse et trappage qui y sont présentes.
Est-ce que le modèle d’aménagement forestier vient perturber l’écosystème? C’est la grande question qui se pose actuellement. Et c’est une question d’autant plus difficile à répondre considérant les pratiques d’exploitation différentes entre les territoires.
L’exemple du loup
Le loup est un prédateur très fragile à toute modification de son habitat, mais aussi très fragile aux piégeages, et aux accidents routiers. Il devient donc un bio indicateur important quand il est présent. Il prouve la qualité de l’habitat, comme quoi son habitat est suffisamment diversifié et productif.
Or, le territoire du loup est grandement modifié par l’humain. Outre les coupes forestières, la création de routes et le trappage influençent grandement son habitat. «Avant l’ouverture du piégeage, pendant les 3 ans de recherche qui ont été faites dans la réserve des Laurentides, 60 individus ont été répertoriés en 6 meutes. À la fermeture du piégeage, on ne comptait plus que de 15 à 20 loups répartis dans les mêmes 6 meutes fragmentées», souligne Pierre Vaillancourt, guide naturaliste à la forêt Montmorency.
À quoi est due cette situation? «Il y a des activités et des espèces qui sont économiquement beaucoup plus rentables que d’autres», ajoute M. Vaillancourt. Par exemple, dans le parc faunique des Laurentides, on parle de chasse à l’orignal versus le trappage des loups, prédateurs naturels des orignaux. Même s’ il y a des zones de conservation, comme le parc des grands jardins, le parc de la Jacques Cartier et la forêt Montmorency, cela ne constitue pas l’ensemble du territoire du loup.
Selon Pierre Vaillancourt, «il faut être capable d’arriver à un consensus: comment va-t-on être capable de gérer efficacement une espèce?». Il s’agit d’un enjeu de taille à prendre en considération dans la gestion intégrée des forêts. À quel point les coupes forestières préservent-elles l’intégrité écologique, mais aussi à quel point la gestion faunique est-elle en accord avec cette dernière?
Recherche Benoit Brosseau